Conclusion

L’Estonie nous renseigne avec bonheur sur le cycle d’adhésion et d’intégration de la modernisation numérique de l’état et de la Société de la Connaissance. La courbe d’apprentissage en « S » bien connue de tous les pédagogues y atteint son palier haut, et cette question n’est plus un sujet de prospective.

Pour autant cette transformation a ses règles et ses codes. Le profit et le commerce privé s’accordent mal comme dans la plupart des pays avec les valeurs de défense du Bien Public et de l’intérêt collectif. Aussi, si toute carte officielle (Carte d’Identité, Permis de Conduire, Carte d’étudiant, carte de sécurité Sociale, Carte de Santé, Carte Bancaire, Carte d’Electeur...) peut accueillir un jeton identitaire régalien moyennant certification des conditions de sécurité mises en œuvre par l’Autorité de Certification de l’État, l’accès aux domaines « eKool » pour la scolarité et « iVoting » pour les élections sont prohibés aux cartes délivrées par un acteur privé d’intérêt financier (Banques, Opérateurs Télécom, Organismes de Crédit). On a bien compris en Estonie que quelque soit l’effort majeur d’adhésion et de communication entrepris, la confiance dans les procédures numériques de l’État ou plus généralement de modernisation du Lien Social ne pouvait se permettre la moindre compromission tant que l’éducation massive de la population n’était pas acquise. C’est pour cela entre autres que le programme puissant d’interopérabilité des données des citoyens et le passage à l’identité sur téléphone mobile ont été lancés en 2007 avec une formidable campagne de communication sur la volonté farouche de l’État de devenir une vitrine mondiale de la protection des données individuelles.

En matière de confiance, qui n’est qu’une forme avancée de la perception inconsciente du risque, l’Estonie avait bien compris que seul comptait le message perçu souvent antinomique avec la tentation malheureuse et contre-productive de vouloir faire intelligent et du coup élitaire. Le Marketing Public est encore trop souvent le parent pauvre des programmes d’e-gouvernement et l’éducation massive des citoyens en souffre. C’est que bien des autorités publiques ont du mal à admettre que les programmes d’ e-Gouvernement obéissent aux mêmes lois que tout programme d’e-Services, jugé à l’aune de la culture de la relation-client et du battage médiatique du consumérisme mondial devenu pensée unique en cette matière. Les Pays qui n’ont pas souscrit à cette pensée par trop pudique et victime d’une mécompréhension de la nature profonde de la transformation, ont clairement obtenu des délais bien meilleurs d’adhésion et d’éducation de leurs citoyens. L’Estonie en est clairement.

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En définitive rendons le dernier mot à Tarvi Martens, notre guide à Tallinn

« Nous sommes un bien trop petit pays et surtout bien trop pauvre pour nous permettre d’inventer un programme intelligent et d’attendre d’en mesurer les effets… Nous avons l’obligation du pragmatisme, et nos contraintes budgétaires nous obligent à réussir du premier coup. Cela n’est possible qu’avec une association très étroite des citoyens. Nous sommes au service du peuple Estonien. Il nous incombe de les convaincre, de les emmener, de les rassurer, de les éduquer et de leur démontrer rapidement le bénéfice de notre travail collectif. Tant que nous restons humbles et pragmatiques pour nos citoyens ils nous suivront.

Nous avons construit un programme miroir de leur vie quotidienne et nous y mettons au centre notre culture et notre compréhension du Bien Vivre ensemble. Si d’après la définition que nous entendons aujourd’hui c’est le fer de lance même du Développement Humain Durable, alors nous ne reprocherons à personne d’oser dire que nous sommes vitrine et précurseurs en cette matière. Vous noterez simplement que nous l’avons fait sans y penser, pendant que tellement d’autres discutaient des la pertinence de la définition. C’est pourquoi notre programme a sûrement plein d’imperfection. Mais il a l’adhésion forte des citoyens. J’ai envie de dire que ce n’est pas un programme, ni un plan. C’est la Vie en Estonie tout simplement. »

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