[ English version]

La mesure de la contribution de
l’e-Gouvernement au développement durable

Le mythe du retour sur investissement

C’est une simple affaire de bon sens : Il n’est pas raisonnable d’attendre un retour d’investissement à court terme d’un mouvement générationnel de transformation sociétale.

Gardons à l’esprit cette pertinente analogie aux lois de la thermodynamique, qui stipulent qu’un système en transformation ne changera qu’en lui fournissant à la fois l’énergie de son fonctionnement nominal et l’énergie de son processus de transformation.

D’où il ressort que pendant la période où la transformation n’a pas encore produit des effets suffisants vers une consommation moindre ou un meilleur rendement économique ou énergétique, le système peut, pendant des années, consommer plus et être moins performant en matière de critères cibles observés au titre de la durabilité recherchée. Le refus de cette évidence de la transformation des systèmes mène tout simplement à empêcher les transformations, fussent-elles pourtant nécessaires.

Par exemple, s’il est vrai que le système français de Tiers Payant en matière d’assurance sociale, SESAM-Vitale, a allégé des millions d’assurés d’environ deux heures par mois de charge administrative incluant déplacement physique vers le centre de paiement, attente, gestion personnelle des feuilles de soins et décompte à la maison, suivi des paiement…, quel en est le bilan écologique si ces deux heures sont utilisées pour rouler plus en voiture ? Si le comportement global des citoyens n’est pas « durable », ces gains auront même un effet contre-productif. Et on ne peut espérer un changement de tous les aspects impactant la Société Durable recherchée en même temps. Mais à force de transformation d’aspects toujours plus nombreux et d’éducation et de promotion, le cercle vertueux se déclenchera à moyen terme.

Le fait pour un Ministère des Finances d’avoir 80% de ses contribuables qui paient en ligne et qui ont accepté la dématérialisation des échanges et des documents, est intuitivement positif pour le Trésor Public. Mais informer les contribuables des dates limites de paiement (inévitablement accompagnées des 10% de majoration) par SMS ou mail, comme c’est le cas en Belgique, et en conséquence réduire de plus de 30% les retards de paiement est un bel acte de transparence et de gouvernance démocratique mais pas forcément intéressant à court terme du strict point de vue du comptable du trésor public.

À l’image de cette analogie et de ces exemples, penser qu’un programme d’e-Gouvernement, fortement contributeur à l’émergence d’une Société Durable, peut être rentable à court terme au plan budgétaire, alors qu’il relève d’abord d’un mouvement d’équipement de la Nation et d’aménagement du territoire, est source de déception et souvent la raison des échecs dans beaucoup de pays.

Il n’en demeure pas moins que des exceptions suffisamment nombreuses confirmant cette règle existent heureusement, surtout là où les gisements d’économies par la simplification étaient considérables.

L’histoire du programme SESAM-Vitale en France et ses résultats montrent encore ici le prix de la persévérance.
La rareté et l’hétérogénéité des instruments de mesure de la construction de la Société Durable rendent difficile une politique de contrôle et d’encouragement de résultats. Le problème vient pour beaucoup des espaces temps hors standards économiques et en l’absence de consensus sur la chose à mesurer in fine dans cette transformation.

Pourtant il n’y a plus de doute que le chemin pris vers la Société Durable soit positif, nonobstant les inévitables errements expérimentaux. 

Conclusion

Un programme national d’e-Gouvernement relève d’abord d’un mouvement d’équipement de la Nation et d’aménagement du territoire. Vouloir en attendre des gains irréfutables et quantifiables en matière de développement durable est source de déception et souvent la raison de nombreux échecs.

Nous voyons d’ailleurs, dans tous nos interviews, que les chiffres obtenus soit n’existent pas soit sont structurellement mal étayés et toujours contestés car le temps de cette transformation est trop lent pour quelque référentiel d’analyse stable que ce soit puisse être pertinent. De plus, un système en transformation consomme toujours une énergie importante au démarrage pour vaincre les inerties avant de tenir à moyen terme ses promesses.

Enfin, la difficulté de la mesure des progrès de la construction de la Société Durable rend difficile une politique de contrôle et d’encouragement de résultats. Donc il faut apprendre à marcher sans thermomètre de référence (ou s’en choisir un malgré sa faible pertinence) et dans la foi à long terme en son action.

Articles

La vie numérique en e-Stonie

Faire de la société numérique le cadre de la vie quotidienne

En lire plus...