La petite « carte verte » reste très emblématique pour le corps
médico-social, qui a ainsi démontré sa capacité à se moderniser avec le
développement en caisse des activités de gestion du risque et de conseil aux
assurés sociaux.
Les traitements manuels de près d’un milliard de feuilles de soins papiers étaient réalisés par les 30.000 agents de saisie (liquidateurs) que comptait la Sécurité sociale, sur un total de 80.000 salariés. La Caisse nationale d’assurance maladie estimait que la mise en œuvre du chantier SESAM-Vitale allait lui coûter un peu moins de 3 milliards de francs et espérait alors supprimer 30 % des postes d’agents de saisie c’est à dire environ 9 000 "liquidateurs".
En fait de 1999 à 2009, la dématérialisation des feuilles de soins aurait impacter 12000 postes à l'assurance-maladie mais l’arrivée de la loi des 35 heures et le non-remplacement des départs à la retraite auront permis à la fois une évolution en douceur et «une économie de 600 millions d'euros par an».
SESAM-Vitale et la télétransmission ont libéré ses acteurs du souci quotidien
de la production. Aujourd’hui, personne ne regrette le temps où « les soldes »,
autrement dit les dossiers en retard, occupaient l’essentiel des ordres du jour
dans les Conseils d’administration.
SESAM-Vitale a été positionné comme un projet d’amélioration de la qualité de
service auprès des assurés et des professionnels de santé et non pas comme un
projet de réduction de coûts, ni même comme un projet relevant d’un simple
intérêt économique.
En d’autres termes, le projet n’a pas été présenté comme un investissement
économique.
Il a au contraire été systématiquement positionné sur le champ du projet
politique, confortant en cela l’ensemble du corps social.
Ce positionnement a sans doute contribué à constituer une sorte d’union sacrée implicite entre les différents acteurs. La réussite du projet en a été naturellement facilitée. Autrement dit, l’institution, le politique, peut parfois venir au secours de l’entreprise, et parce qu’il véhicule des éléments forts de la culture de l’Assurance Maladie, permettre des changements importants.
L’étude BPI de juin 2006 « les services publics changent : comment - Etude
sociologique de l’Assurance Maladie » et nos interviews montrent que lorsque les
agents parlent des changements survenus sur les dernières années, ce sont les
changements technologiques qui arrivent en première place : SESAM-Vitale, les
différents logiciels et la télétransmission.
Le constat est général : la carte Vitale est sur le terrain le symbole même du
changement. Elle est vécue, mise en avant comme « la preuve » que l’on a changé.
Elle est le signe de la modernité. Le développement des services « accueil », en
lien avec la mise en place de la CMU (Couverture maladie universelle) s’est
d’ailleurs réalisée très rapidement.
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