mHealth, une initiative à l’échelle mondiale


​Article tiré du magazine Gemalto​ "The Review", Novembre​ 2014​

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À l'heure où nous écrivons cet article, l'Afrique de l'Ouest d​oit faire face à la pire épidémie d'Ebola jamais observée depuis 1976, date à laquelle le virus fut pour la première fois identifié. Il s'agit là exactement du type de pandémie que les gouvernements du monde entier craignent depuis plusieurs dizaines d'années : entre 50 % et 60 % des patients infectés décèdent, aucun réel traitement n'est disponible et l'épidémie menace de se propager via les réseaux de transport.

Après la mise en place de mesures sanitaires et d'hygiène de base, la manière la plus efficace pour enrayer la propagation d'Ebola reste l'information : les mythes qui circulent ainsi que la méfiance vis-à-vis des médecins ont aggravé les problèmes d'infrastructure et ont permis au virus d'atteindre des zones qui auraient dû rester sous contrôle. « C'est la première fois qu'une épidémie d'Ebola se déclare en Afrique de l'Ouest », explique Aliou Boly, responsable des opérations de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) en Guinée. « Il y a donc beaucoup d'idées fausses et de rumeurs qui circulent. Par exemple, que la maladie se transmet dans l'air. »

Dans de nombreuses régions rurales d'Afrique – où la maladie Ebola s'est montrée le plus virulente – il existe un canal d'information, relativement nouveau, qui pourrait sauver bien des vies : le téléphone mobile. Les derniers chiffres de l'institut de recherche Gallup révèlent que 80 % des foyers de l'Afrique subsaharienne ont accès à un téléphone mobile, alors qu'un rapport de la Banque mondiale, publié en 2013, indiquait que moins de 15 % des foyers des régions rurales avaient accès à l'électricité. Il n'est donc guère surprenant que les services de santé mobile soient considérés comme le moyen le plus économique pour éduquer les citoyens et soutenir les équipes soignantes.

En Sierra Leone, précise Boly, la FICR a déployé TERA (Trilogy Emergency Relief Application), un outil innovant pour traiter les situations d'urgence. En 2010, un tremblement de terre frappait Haïti et tuait 220 000 personnes, laissant des pans entiers de la population sans abris et dévastant les infrastructures du pays. Réalisant alors que la manière la plus efficace d'entrer en contact avec un grand nombre de personnes était de leur envoyer des messages SMS sur leur téléphone, la FICR décida de s'associer avec l'un des opérateurs de téléphonie mobile local afin de développer l'application TERA. Contrairement aux systèmes de SMS conventionnels, TERA permet de cibler l'envoi de messages sur une zone géographique particulière. En Haïti, TERA a été d'une grande aide dans l'organisation des camps humanitaires, en informant les réfugiés sur les distributions de vivres et de produits d'hygiène, mais aussi en les sensibilisant à la prévention du choléra.

« Dans les situations d'urgence, contrairement aux autres systèmes, inutile de s'abonner à nos notifications pour recevoir nos alertes », explique Sharon Reader de la Croix-Rouge. « Nous pouvons transmettre nos messages à tous les clients d'un opérateur. »​

Au-delà des frontières

La GSMA, association mondiale regroupant des opérateurs de téléphonie mobile et des entreprises du secteur, estime qu'il reste beaucoup à faire pour promouvoir de meilleures pratiques en matière de santé mobile​. En 2012, elle a lancé l'initiative panafricaine mHealth (PAMI)​, un écosystème mobile dont l'objectif est d'améliorer la santé et la nutrition des mères et de leurs enfants en Afrique subsaharienne.

Cette initiative a récemment été étendue pour englober un nouveau programme, Mobile for Development, qui réunit des partenaires de la GSMA comme Samsung, MTN, Hello Doctor et Gemalto. Leur mission est de formuler et de soutenir des meilleures pratiques et des solutions commerciales qui apporteront une contribution significative aux objectifs sanitaires du continent.

Dans le cadre de cette initiative, les populations pourront bénéficier de services de santé mobile et de nutrition grâce à la solution de messagerie interactive SmartMessage. Le but est de simplifier les relations entre les patients et les intervenants médicaux afin d'apporter des conseils ciblés en matière de nutrition et de santé via le téléphone mobile. Pour atteindre cet objectif, ces nouveaux services de santé mobile devront pouvoir envoyer des recommandations via des SMS interactifs ou des menus dynamiques​ aux groupes de population les plus vulnérables. Permettre aux patients de communiquer avec un professionnel de la santé grâce à des SMS interactifs facilite le diagnostic, la collecte de données et la surveillance, tout en favorisant la mise en place de systèmes de financement de santé et l'organisation d'enquêtes de santé à l'échelle nationale. Ce programme aidera, sans aucun doute, les gouvernements et les personnels de santé à prendre des décisions judicieuses et à instaurer de nouvelles règles de communication à distance entre les prestataires  et les patients.

« Il ne peut y avoir illustration plus claire du potentiel des solutions mobiles pour modifier fondamentalement les attentes et les résultats pour des millions de personnes en Afrique subsaharienne », a déclaré Philippe Vallée, Directeur Général adjoint de Gemalto. Même si de telles solutions attirent l'attention des médias, l'initiative GSMA consiste principalement à partager et coordonner des connaissances à grande échelle. À l'heure actuelle, les services de santé mobile mis en place en Afrique fonctionnent uniquement dans les limites des frontières d'un pays donné. Un projet à l'échelle du continent est donc révolutionnaire.

Les services PAMI englobent l'envoi en temps réel via des SMS d'informations actualisées à tous les téléphones enregistrés, la réalisation d'enquêtes auprès des patients et l'analyse des résultats, mais aussi l'amélioration de l'enregistrement des données démographiques comme les certificats de naissance et de décès. Historiquement, la collecte de ces informations a toujours été compliquée en zone rurale.​

Technologie et humanitaire

Dans le domaine de la santé mobile, il est préférable de miser sur la simplicité. Dans la province du Cap-Oriental, en Afrique du Sud, MTN, l'opérateur de téléphonie mobile, et Qualcomm, le fabricant de cartes à puce pour smartphones, ont récemment testé une solution de technologie mobile destinée aux médecins et personnels de santé en zones rurales. Cette solution – composée de tablettes et de téléphones équipés de lecteurs de PDF et d'ouvrages médicaux complets – pourrait sembler austère, mais est parfaitement adaptée à la situation.

« Impossible de changer ne serait-ce qu'un mot du texte validé », précise Berhan Gebru de FHI 360, qui a développé l'application. « Il aurait suffi d'une virgule ou d'un zéro déplacé au cours du reformatage du texte pour mettre les patients en danger. Nous avons donc fait en sorte que les versions numériques soient le plus proches possible des versions papier. »

D'autres organisations s'attaquent à des projets de plus grande envergure. La fondation Internet.org, lancée par Facebook et son fondateur Mark Zuckerberg, a récemment annoncé la création de 13 services accessibles à l'ensemble des clients du réseau Airtel en Zambie, ainsi que son intention d'étendre ce programme à d'autres pays dans un avenir proche. L'accès à ces services est possible à l'aide d'un smartphone ou d'un téléphone « basique » doté du protocole USSD. La solution inclut Facebook, Wikipedia, une fonction de recherche d'emploi et une bibliothèque de lecture, le tout gratuitement pour l'utilisateur.

Et surtout, la solution offre un accès à la publication de l'UNICEF « Savoir pour Sauver » (Facts for Life), qui fournit aux mères des conseils pratiques pour élever leurs jeunes enfants, et au site de l'association Mobile Alliance for Maternal Action (MAMA), qui vient en aide aux futures mères. C'est la fondation Praekelt qui a développé les plateformes numériques Facts for Life et MAMA. « Nous pensons que l'accès à des informations qui peuvent améliorer les conditions de vie sont un droit humain », a déclaré son fondateur Gustav Praekelt. Et, si ces plateformes mobiles s'avèrent un succès, davantage de personnes pourront bénéficier de ce droit.​

Santé Mobile et M2M

Dans les pays en voie de développeme​​​nt, l'accès à la santé mobile doit se faire en gardant à l'esprit que les solutions les plus sophistiquées doivent pouvoir fonctionner sur des téléphones « basiques »​ dans des conditions souvent difficiles. Dans les pays les plus riches, cependant, la recherche est davantage axée sur la technologie M2M (machine-to-machine)​.

L'un des principaux domaines de recherche porte d'ailleurs sur les objets connectés. Cela implique généralement un appareil à faible coût équipé de nombreux capteurs – comme une montre intelligente ou un bracelet de suivi d'activité physiques – associé à un smartphone pour la connexion au réseau et une interface intuitive pour le moniteur.

Intel, le fabricant de processeurs, s'est donc associé à la fondation Michael J. Fox pour aider à la recherche sur  la maladie de Parkinson grâce aux objets connectés. Malgré plus de 200 années de recherche, il n'existe actuellement aucun outil de diagnostic clinique. Les chercheurs espèrent qu'en analysant la vaste quantité de données générées par les quelque 300 observations par seconde sur un large nombre de patients, ils pourront améliorer les traitements actuels et déceler plus efficacement les signes précurseurs de la maladie.

« Je sais que de nombreux médecins demandent à leurs patients de tenir un journal de suivi de leur Parkinson», explique Bret Parker, qui souffre de cette maladie et qui a participé aux premiers essais de cette nouvelle technologie. « Les objets connectés ont effectué ce suivi pour moi sans que cela interfère dans ma vie quotidienne et cette étude m'a permis de participer activement aux efforts de recherche. »

Le docteur Andrew Mitchell, un cardiologue britannique, explique que les objets connectés s'avèrent particulièrement utiles dans le cadre du suivi post-opératoire. « La plupart des professionnels de la santé s'intéressent fortement aux objets con​nectés », dit-il. « Les patients a​vaient l'habitude de noter eux-mêmes les données indiquées sur les tensiomètres, les balances, etc. Ces nouvelles technologies nous permettront de mieux connaître nos patients, ce qui ne peut qu'être bénéfique. »


En savoir plus sur les applications de Gemalto aux technologies de santé M2M​.