Du téléphone « basique » au smartphone


​Article tiré du magazine Gemalto​ "The Review", Janvier 2014​

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​Au mois de janvier 2014, le deuxième opérateur de téléphonie mobile d'Afrique du Sud, MTN, a présenté l'un des tout premiers véritables smartphones pour cartes prépayées, à un prix inférieur à 50 dollars US (environ 40 €).

 Le téléphone en lui-même est sous-dimensionné selon les standards actuels – il est équipé d'un simple processeur mono-cœur et utilise une ancienne version d'Android – mais constitue une véritable révolution en termes de prix. Les analystes estiment qu'il pourrait changer les règles du jeu par son potentiel à réduire la fracture numérique.

Le nouveau téléphone de MTN est peut-être le smartphone le moins cher à ce jour, mais de nombreuses initiatives au cours des 12 derniers mois ont tenté de mettre des téléphones plus sophistiqués entre les mains des personnes les plus démunies au monde. Au Kenya, Safaricom, par exemple, pense que l'adoption des smartphones est tellement rapide qu'en 2013 la société a décidé d'arrêter la vente des téléphones mobiles basiques dans sa boutique en ligne pour lancer son propre terminal Android Yolo, destiné aux utilisateurs d'entrée de gamme. 

Même si les objectifs de telles initiatives sont des plus nobles, il est facile de surestimer l'état actuel de la révolution de la téléphonie mobile. Il faudra des années pour que le plus grand nombre soit connecté : l'institut de recherche Analysys Mason, par exemple, prévoit que d'ici 2017, seulement 8 % des clients de téléphones mobiles au Ghana posséderont un smartphone. La majorité continuera d'utiliser des téléphones mobiles ou des portables de base. L'institut de recherche et de conseil IDC​ pense que d'ici 2017, à peine un tiers des expéditions de nouveaux téléphones vers l'Afrique seront des smartphones.

Mises à niveau invisibles

​Même si la baisse du coût des appareils intelligents peut être considérée comme une forme de progrès, le problème le plus pressant auquel sont confrontés ceux qui œuvrent contre l'exclusion numérique est de proposer aux propriétaires de téléphones moins évolués les mêmes fonctions que celles des smartphones. 

Un service très prometteur est biNu (prononcez « bi niou »). Conçu par une entreprise australienne et disponible au Bangladesh, au Nigeria, au Népal et en Inde – entre autres – biNu a attiré des investisseurs tels que Eric Schmidt, de Google, pour sa capacité à rendre des applications Internet avancées disponibles sur des téléphones portables bas de gamme. 

« Notre but est d'offrir aux gens un accès ultra-rapide à l'Internet mobile, quel que soit l'appareil utilisé », explique Mark Shoebridge, de biNu. « Les recherches sur Google deviennent alors quasi instantanées. » 

biNu exécute des services pour smartphone et des sites Web avancés sur ses propres serveurs et affiche simplement l'interface de l'application sur le téléphone. « Nous utilisons le Cloud pour améliorer l'expérience sur un téléphone portable », précise Shoebridge. « C'est rapide et très efficace, et nous n'envoyons que les données dont l'utilisateur a besoin. » 

biNu offre toute une gamme de services, parmi lesquels Google, Wikipedia et Facebook. Toutefois, même s'il est possible de réduire les frais de bande passante et de faire fonctionner les applications sur des téléphones bas de gamme, il faut quand même disposer d'un navigateur et d'un abonnement pour la transmission des données. 

Ce qui est le plus important pour le grand public, c'est la large gamme de services offerts via la carte SIM et la technologie SMS ou les services USSD (Unstructured Supplementar​​y Service Data), qui fonctionnent sur presque n'importe quel téléphone dans le monde. À l'origine, ils étaient utilisés par les opérateurs pour transmettre des fonctions telles que les services associés à un compte​ et les fils d'actualités au menu SIM d'un téléphone, mais au début des années 2000, de nombreuses banques des pays en voie de développement ont créé des passerelles très élaborées pour que les clients puissent accéder aux données de leur compte. 

Ces services ont rencontré un grand succès populaire, principalement parce que l'accès aux agences bancaires et aux terminaux ATM reste difficile dans de nombreuses régions du monde. Quant au transfert d'argent par téléphone mobile – toutes les nouvelles cartes SIM Safaricom au Kenya intègrent maintenant les services M-PESA – les services bancaires mobiles ont décollé dans les marchés émergents parce que le besoin était plus grand que dans les économies développées.

Toutes les réponses 

​Aujourd'hui, les services Internet communs sont convertis en USSD partout dans le monde. Au Kenya, l'opérateur Airtel a récemment autorisé ses clients à lancer des recherches sur Wikipedia depuis n'importe quel téléphone mobile à l'aide de la technologie SMS. Les utilisateurs composent simplement le *515# pour faire une recherche et reçoivent les résultats via un menu USSD sur n'importe quel terminal. Ce service fait partie du programme Wikipedia Zero, créé à l'aide d'une plate-forme open-source appelée Vumi, développée par la Fondation Praekelt, une organisation africaine qui s'emploie à utiliser la technologie mobile pour améliorer la vie des plus démunis. 

« Les personnes qui n'ont habituellement pas accès aux informations essentielles dans de nombreux domaines seront maintenant en mesure de lancer des recherches dans les riches contenus Wikipedia via leur téléphone mobile », explique Gustav Praekelt, créateur de la Fondation éponyme. « Nous sommes convaincus que leurs vies devraient en être grandement améliorées. » 

La plate-forme Vumi a également été utilisée pour donner des informations de santé aux femmes enceintes en Afrique du Sud. Bien que le secret du succès de Vumi tienne au fait qu'aucun changement matériel du téléphone n'est nécessaire, l'intégration de services similaires dans une carte SIM peut accroître leur sophistication et offrir aux opérateurs de réseaux mobiles un moyen de se différencier sur les marchés en développement. 

En Colombie, par exemple, l'opérateur mobile Tigo offre à ses abonnés l'accès aux principales fonctions de Facebook à l'aide de la solution Facebook for SIM de Gemalto. Comme dans le cas de Vumi, les mises à jour sont récupérées grâce à la technologie SMS et non à un forfait de données, ce qui permet de réduire les coûts tout en offrant aux utilisateurs une riche expérience. Selon Daniel Cuellar, de Gemalto, le déploiement a été simple grâce à la technologie bien implantée sur le marché. 

« Il nous fallait prendre en compte deux éléments clés », explique Cuellar. « Le premier était le développement de l'applet sur chacune des nouvelles cartes SIM vendues par l'opérateur mobile, y compris celles prévues pour les remplacements. Ensuite, il nous fallait proposer une alternative pour la base actuelle d'utilisateurs de téléphones portables, mais sans la SIM Facebook, ainsi qu'un tarif approprié et d'autres offres d'abonnement. » 

Selon les recherches de Tigo, environ 40 % des Colombiens utilisent Facebook : trouver le bon message marketing était donc également crucial. 

Même Twitter est à la recherche de solutions pour permettre aux utilisateurs de lire les mises à jour de leurs réseaux sociaux sur des téléphones mobiles basiques. L'entreprise a commencé à travailler sur un service USSD avec des partenaires, et il est facile d'imaginer les avantages d'une future intégration de celui-ci aux cartes SIM. 

Que ces technologies soient utilisées pour réduire la fracture numérique et permettre à davantage de personnes de participer à l'économie des connaissances, ou simplement comme un outil pour atteindre davantage de clients et se démarquer sur des marchés surchargés, elles gagneront en popularité au cours des années à venir. En facilitant l'accès à des services complexes dans toutes les régions du monde, elles permettront à des téléphones « basiques » de devenir intelligents. 

Le réseau social

Alors que la majorité des utilisateurs dans les pays développés ont le choix parmi les réseaux sociaux – Facebook, Twitter et Instagram ainsi que leurs applis pour smartphone – il existe un réseau social spécifiquement dédié aux personnes n'ayant probablement jamais utilisé un appareil Android ou Apple. Mxit, qui compte quelque 6,5 millions d'utilisateurs en Afrique du Sud, s'est rapidement développé au cours des six dernières années, principalement en se concentrant sur les propriétaires de téléphones mobiles basiques. Ce n'est qu'à la fin de l'année 2013 que Mxit a lancé une application à part entière pour smartphones modernes. 

Malgré la concurrence de ses rivaux plus connus, Mxit poursuit sa croissance, en partie du fait que tout le monde peut l'utiliser, quel que soit l'appareil. Le service vient de s'étendre en Inde, où son PDG Sam Rufus Nallaraj pense que l'entreprise peut viser un marché potentiel de 500 millions d'utilisateurs. ​